TENNESSEE WALTZ (part 1) Une valse à mille sangs

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Poum tcha tcha, poum tcha tcha, tiens une valse !
Et pourquoi pas ?
Mais pas n’importe quelle valse, tant qu’à faire…
The Tennessee Waltz, petite chanson de rien du tout, mais immense succès américain, le ferait bien. Un premier temps rouge pour le village Cherokee de Tanasi, un deuxième, blanc, pour Nashville, et un dernier pour la route, noir, pour Memphis. Et un quatrième, sacrilège, temps fantôme, pour mélanger le tout. Parce que le mélange, c’est bien cela qui nous fait avancer, quoi qu’ils puissent en dire, les autres, ceux qui ne savent pas valser. Le Tennessee, c’est tout ça, tous ces tempos, les vrais, les faux, l’air de rien.

J’ai du mal, bien du mal, à me défaire de clichés d’un Tennessee très 19 e siècle, dus à mon esprit étroit, peut-être, mais aussi à des années de cinéma, de presse, de musique, d’articles retraçant l’histoire de cet état 6 fois plus petit que la France et 10 fois moins peuplé. Il n’en est pas moins que pour moi, et je pense pour la plupart d’entre vous, le Tennessee, c’est le Klu Klux Klan, les chariots de pionniers s’arrêtant un temps, là, dans ces immenses prairies du centre du pays, c’est les batailles contre ces salopards de sauvages d’indiens ralentissant l’avancée de John Wayne vers les marécages du Mississipi, direction l’ouest, le Pacifique, c’est la guerre fratricide mais ô combien sanglante entres les bleus du Nord et les gris du Sud. Comme si ces terres étaient vraiment sacrées, sources divines du Jack Daniel’s, icône d’une certaine Amérique chère aux rebelles sudistes rednecks roulant en Harley rendant justice à un Etat oublié par la route 66, comme si c’est là que cela devait se passer. Pas faux.

C’est dans ces terres qui partent des Appalaches vers le Mississipi, ok, il y a du fer et du charbon, mais what else ?, que l’histoire mondiale musicale trouva deux capitales : Memphis et Nashville. Deux bastions indécrottables indispensables à l’histoire formant (1+1=4) le carré magique incontournable : Blues, rock and roll, Country, Rhythm and Blues. Et oui, la première richesse de l’Etat est la musique.

Le sud des Etats-Unis semble pour nous, loin de là-bas, quelque chose de figé, d’englué dans ses traditions et son passé, mais c’est ici, dans la Bible Belt, entre les fleuves Tennessee et Mississipi, entre le Kentucky, la Virginie, la Caroline du Nord, la Géorgie, l’Alabama, le Mississippi, l’Arkansas et le Missouri que la révolution culturelle, musicale, sociologique même, se fit.

Les anciens esclaves des autres états du sud s’installèrent prioritairement à Memphis, donnant au Blues un toit, une famille, au rhythm and blues ses plus grands artistes (Otis Redding, Booker T and the MG’s, Rufus et Carla Thomas…)
Un jeune blanc presque timide, Elvis Aaron Presley, enregistra dans cette même ville, une chanson pour sa mère qui allait tout changer, et un autre, bien plus féroce, Jerry Lee Lewis, y massacra les touches de son piano sur whole lotta shakin’ goin’ on.

Nashville, à peine 600 000 habitants, quant à elle, est le berceau, le synonyme absolu de la country music, et quand on sait ce que cette musique représente aux Etats-Unis, dire que c’est un lieu sacré est un doux euphémisme. Certains « memphiséens » n’ont d’ailleurs pas hésité à faire dans leur carrière d’incessants allers-retours entre ces deux villes.

Les faits sont désormais actés, établis, vénérés, touristés par des millions de visiteurs des temples, mais si le Tennessee, Memphis et Nashville, en tête, est devenu La Mecque musicale, cela ne se fit pas tout seul. Combien de sueur, de larmes et de sang furent versés !!! Souvenons-nous des disques de Rock brûlés en place publique, des croix brûlés par le feu purificateur du KKK, de la ségrégation qui tua Martin Luther King le 04 avril 1968 devant sa chambre de motel à Memphis, sans parler des origines d’un Etat où commença Nunna daul Isunyi, la piste des larmes, étape très importante dans la mort physique et culturelle des amérindiens.

Poum tcha tcha, poum tcha tcha…ça a l’air paisible une valse, non ? Détrompez-vous, dans le Tennessee, ça remue sévère.

Clément Beylet
01/07/2015

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