T’as pas entendu comme un bruit ?

Crunch 100g HD

Lundi 19 janvier 2015, 8:20, la température extérieure est de -1°C.

Marine Le Pen et Patrick Cohen tentent un impossible dialogue matinal sur Inter. Je fixe le fond de ma tasse de thé tout en jetant un œil distrait à mon planning de la journée… Le strabisme me guette. Presque aussi sûrement que la crise de nerfs lors de mon prochain passage chez le buraliste qui me répète tous les matins la même chose : « plus de Charlie, fallait venir à 7h30 ».

Et cette irrépressible envie de chocolat qui ne me lâche pas depuis près de deux semaines…
Ma dernière gorgée de thé m’étrangle. Je peine à croire ce que j’entends. Marine Le Pen vient de dire un truc avec lequel je suis d’accord. Je prends ma température. Aurais-je contracté une version mutante de l’unité nationale ? C’est tout moi. Quand y a grippe, j’ai gastro et quand y a gastro, c’est la grippe qui me cloue au lit.
Je bifurque rapidement et quitte sa ligne dès le début de la phrase suivante. Ouf ! Soulagée, je retrouve mes repères. Je vais pouvoir retourner à mes certitudes, mes méconnaissances et mes croyances confortables. Elles sont différentes des siennes et bien plus pertinentes puisque ce sont les miennes. La preuve : Je suis une femme émancipée, occidentale, laïque, responsable, libre d’expression et heureuse. Et comble d’ouverture interculturelle, j’habite au dessus d’une mosquée dont l’Imam est sympa et les fidèles aussi différents et nombreux que les vélos qui encombrent la cour le vendredi soir. Certes, ça manque un peu de femmes, mais je respecte les pratiques des autres, même lorsque je ne les comprends pas et que de facto, je les désapprouve. Être bobo, ça se mérite.

Et cette irrépressible envie de chocolat qui ne me lâche pas depuis près de deux semaines…
Le sujet qui me préoccupe est le symptôme d’une perte de sens qui me fait peur. Un signal fort que je n’ai pas voulu regarder en face et encore moins dans mon miroir au temps où il était encore faible. Un signal fort que les attentats de Paris m’ont collé violemment sous le nez : le communautarisme. Le symptôme qui annonce les déchirures.
Courant décembre, pourtant, un incident aurait dû me déciller les yeux : Une discussion surréaliste avec un militant anti fusion Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes. Un type qui n’a eu de cesse que de me démontrer combien l’identité du « peuple alsacien » avait été bafouée par l’État jacobin… Un moment si désagréable et troublant que je n’ai pas réussi à en tirer la chronique sarcastique que je souhaitais écrire.
Coup d’œil aux journaux, aux réseaux sociaux, aux JT et autres sources d’info et de désinfo… La « communauté juive » a peur, la « communauté musulmane » craint les amalgames. Politiques, commentateurs, experts en tous genres, journalistes… L’abus de langage est omniprésent. Il souligne combien la République est fragile et avec quelle facilité ses fondamentaux volent en éclats pour laisser la place à des représentations sans fondements. Ce fut mon sujet de convergence matinale et fugace avec la boss du FN. De quoi ébranler mes certitudes d’humaniste quasi éclairée, si patiemment empilées au fil des années !

Et cette irrépressible envie de chocolat qui ne me lâche pas depuis près de deux semaines…
Recherche Google : « envie de chocolat ». Juste après envie de Champagne, envie de couleurs, et avant envie de changer de vie, le moteur de recherche répond à ma demande. Je suis en manque de sérotonine.
Action ! J’ouvre le tiroir à bonnes choses. Il renferme de nombreux trésors. En cas de guerre ou de disette, on devrait tenir. Entre deux paquets de Barilla, je trouve une tablette de Crunch.
Ah… Le chocolat qui croustille… Quel bonheur ! Quand j’étais petite, il y avait une pub télé dans laquelle un jeune homme croquait une tablette, provoquant ainsi un séisme durant lequel tout s’écroulait dans un fracas infernal autour du lit d’un couple âgé. La mamie réveillait son mari et lui hurlait dans l’oreille : « T’as pas entendu comme un bruit ? » Réponse du papi, sorti d’un sommeil profond : « Comment ? »

Je croque…
Vous n’avez pas entendu comme un bruit ?

Mina Moutski.
20/01/15

You must be logged in to post a comment