Tapez étoile.

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L’après-midi s’étirait doucement vers la soirée. A l’heure où certains hésitaient entre rosé et Spritz pour l’un des derniers apéros en terrasse de la saison, je me laissai distraire d’un texte en cours de rédaction par l’arrivée d’un mail alléchant envoyé par mon opérateur mobile, au cas où il me resterait quelques euros après les fringues, les chaussures, les cahiers et le dernier tiers provisionnel…
En cliquant machinalement sur le pop up poussé par ma messagerie, je n’imaginais pas l’épopée technologique dans laquelle je m’engageai. Intéressée par un forfait international particulièrement attractif, je me laissai convaincre par les arguments chocs du spécialiste 4G qui venait de spammer ma boite.

Première étape, me connecter à mon espace client. Comme d’habitude, il me fut impossible de retrouver le mot de passe. Procédure classique de récupération du précieux sésame. Maîtrise parfaite de l’opération. Entrée dans mon chez-moi numérique, factures, RIB et descriptif complet de mon téléphone. Par contre, impossible de modifier mon forfait et encore moins de lui substituer celui qui devait me permettre de papoter, pardon, de travailler partout dans le monde pour le même prix ou presque qu’à la maison. Déconnexion, retour au mail originel. Re-clic vers le site de l’opérateur. Deuxième tentative de connexion, au cas où une étape m’ait échappé. Même constat : le forfait que je convoitais était absent de mon espace perso. Re-déconnexion. Frisson d’agacement.
« Plutôt que de te la jouer geek, appelle au numéro indiqué, tu es née au XXe siècle, acceptes tes limites », me dis-je avec lucidité en composant un numéro à quatre chiffres. « Si vous êtes déjà abonné, tapez 1 ». Docile, j’obtempérai, ce qui déclencha une réponse de la machine : « Ce numéro est réservé aux personnes qui ne sont pas abonnées. Veuillez appeler le 618 ».

Franchement agacée, je composai les trois chiffres qui me séparaient de mon rayonnement international. A moi les grands espaces… Après cinq minutes d’explications standards sur le coût de la minute, l’enregistrement de la conversation et le rappel de la loi informatique et liberté, je me concentrai sur le menu proposé. « Pour modifier votre forfait, tapez 3 ». Je m’exécutai. Une liste à la Prévert d’options dont aucune ne correspondait à mon besoin m’était alors susurrée dans le creux de l’oreille. « Si vous souhaitez parler à un conseiller, tapez étoile ». Une vraie personne ? Bingo… Étoile !!!
Le cœur battant, je récapitulais mes questions en écoutant un silence suspect à l’autre bout du fil… Silence qui finit par être interrompu par la voix impersonnelle de mon pseudo interlocuteur : « Pour des raisons techniques, nous ne sommes pas en mesure de traiter votre demande, veuillez rappeler ultérieurement ».

Fin du rayonnement international. Trente minutes perdues pour un retour penaud à la case départ. Passablement énervée je décidai de faire une réservation de train pour un prochain séjour parisien. voyages-sncf.com. Petite embrouille dans la réservation. Besoin d’aide. Je cliquai sur le bouton du même nom pour découvrir la proposition suivante : « Posez votre question à Lea, notre opératrice virtuelle qui se fera un plaisir de vous répondre »…

Hey !!! Les gens… Y a encore quelqu’un ? Ou bien suis-je la dernière survivante d’une espèce disparue ? J’ai besoin d’être écoutée, considérée, guidée. J’ai besoin d’avoir une place, une vraie au milieu de ceux qui me ressemblent, qui aiment se marrer, manger des bonnes choses et profiter de l’instant.
J’accepterais même un interlocuteur désagréable ou un type qui se moquerait de moi parce que j’ai fait une fausse manipulation. J’ai envie d’humanité, de lien, de sens. Où va-ton là ? « Le service client vous remercie de votre appel »…
Résultat des courses : Personne ne m’a vendu quoi que ce soit et j’ai perdu 45 minutes derrière mon écran.

Moralité : la prochaine fois, j’irai prendre un Spritz avec mes potes et je procrastinerai toutes les fausses priorités mises en avant par des machines programmés pour me faire consommer. La prochaine fois, je choisirai la vie.

Mina Moutski
17/09/14.

Les étoiles sont éclairées pour que chacun puisse un jour retrouver la sienne.
Antoine de Saint Exupéry. Le Petit Prince.

 

 

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