Nous sommes la démocratie

delacroix-marianne

200 cyclistes, 5 tracteurs, quelque part dans la campagne. La France a peur. La France est en guerre. Il faut les arrêter, les contrôler. Ils montent sur Paris, au ralenti, avec des gilets fluo pour qu’on les voit de loin. Ils sont dangereux. Ce sont des zadistes et des paysans. Ils viennent à la COP 21 proposer d’autres manières de fonctionner, de produire, de vivre ensemble. L’État le leur interdit.

La France est en guerre. Si c’est vrai, alors Monsieur Hollande s’est lourdement assis sur la constitution. L’entrée en guerre du pays ne peut être déclarée que par l’assemblée nationale. A juste titre car la guerre, c’est mettre sa vie en jeu pour défendre quelque chose de plus grand. Les civils sont aussi concernés que les militaires. La preuve nous en a été fournie le 13 novembre.
Les Anglais ne bombardent pas en Syrie.Ils vont peut-être le faire. Après débat et vote de leur parlement. Les Anglais vivent en démocratie.

La France est en guerre. Les mots de G.W. Bush.
Le discours parle de choc et d’effroi. Shock and awe. Nom de la stratégie de G.W. Bush en Irak. Monsieur Hollande sait où chercher l’inspiration pour opposer la sécurité à la liberté.

Nombre de manifestations et d’événements organisés par la société civile pour la COP 21 sont interdits. Au nom de la sécurité. Les marchés de Noël, les centres commerciaux, les stades, les théâtres et salles de concerts gigantesques sont ouverts. 400 000 personnes par jour Gare du Nord. Une bombe y ferait plus de dégâts que dans une rue ouverte. La sécurité est-elle la vraie préoccupation ?

Le gouvernement nous encourage à vivre normalement pour ne pas céder aux terroristes.
Vivre normalement, pour nos gouvernants, c’est produire et consommer, pas avoir des idées et les exprimer. Pas se comporter en citoyens actifs, responsables, libres.
Panem et Circenses.

Libres et responsables. L’un ne va pas sans l’autre. Nous savons ce que nous risquons. Nous le savions aussi le 11 janvier. Nous le savons chaque fois que nous prenons le train. Nous sommes libres, nous sommes responsables. S’il nous apparaît important de risquer notre vie pour défendre la planète, de quel droit nous l’interdire ? Sommes-nous des enfants ? Des êtres sans intelligence ? C’est notre manière d’être en guerre contre ce qui tue plus que les terroristes et parfois l’engendre et le finance : la cupidité, le pétrole.

La loi de 2015 sur le renseignement foule aux pieds les principes fondamentaux de la démocratie. Exit les juges. Le judiciaire est entre les mains de l’exécutif. Dans un pays où le législatif et l’exécutif sont de fait indissociables, la constitution de 1958 ayant été conçue en ce sens, le coup est parfait. Il n’y a plus de séparation des pouvoirs.

La prolongation de trois mois de l’état d’urgence est le prolongement de ce déni de démocratie, de ce mépris pour l’intelligence des gens qui sert de base à nos politiciens. Tous, après avoir appelé à ce « Qu’un sang impur abreuve nos sillons », ont voté cette mesure trop large et trop longue. Déjà, partout en France, des abus de pouvoirs sont dénoncés.

Monsieur Hollande ne veut pas que nous manifestions librement dans les rues. Il nous demande de pavoiser nos fenêtres du drapeau tricolore. Il s’accapare ce qui appartient au peuple : le choix de son expression. Nous ne l’avons pas attendu pour déposer des fleurs, des bougies, des poèmes, des dessins, des drapeaux pacifistes, des Tours Eiffel assassinées. Nous avons plus d’imagination, de cœur, de force et d’intelligence que tous nos gouvernants réunis.
Parce que nous sommes le peuple.
Parce que nos sommes la démocratie, la vraie.
Parce que nous n’avons pas peur, ni des terroristes, ni de nos dirigeants.

Les terroristes veulent tuer notre démocratie. Nos gouvernants le font très bien sans eux.
Le pire, c’est qu’ils ne le font peut-être pas exprès.
Heureusement, nous sommes là pour les aider.

Le 29 novembre nous seront quand même dans la rue. Une chaîne humaine s’organisera de Nation à République. Sur les trottoirs puisque seuls manifestent ceux qui sont sur la voie de circulation.
Nous serons à République, par l’intermédiaire de nos chaussures qui recouvrirons ce dernier salon où Hollande reçoit ses hôtes étrangers.

Quand un peuple est ainsi obligé de ruser avec la loi et le pouvoir pour s’exprimer pacifiquement, peut-on encore parler de liberté ?

Nous sommes la démocratie. Et nous le ferons savoir.
Yes we can ! Podemos ! Nous le pouvons !

Théo Knock, 26 novembre 2015.

Delacroix, La Liberté guidant le peuple. Image de la révolution de 1830, célébrée par la colonne de juillet Place de la Bastille, quelque part entre La Nation et La République.

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