Non !

NON

Imaginez : Plusieurs proches vous suggèrent d’organiser une soirée …surprise pour un ami qui vous est cher. Vous n’en n’avez pas du tout envie et une petite voix intérieure vous dit que votre ami n’appréciera pas forcément la surprise. Pris au dépourvu, vous exprimez votre point de vue, avec les arguments du bord. Tant et si bien que personne n’entend votre objection réelle.
Les autres manifestent néanmoins de la surprise face à votre réaction mitigée et se permettent d’avoir un avis sur votre relation avec votre ami.  » Il t’aime tellement ! Ca ne peut être que toi qui t’en charges. Ça lui fera tellement plaisir ». Le chœur des voix culpabilisantes bat son plein. Vous vous sentez en position de non-choix. À bout d’argument, aiguillonné par une culpabilité rampante, vous finissez par donner votre accord. À reculons. Au fond de vous, la même petite voix que tout à l’heure vous murmure que vous venez de faire une erreur. Vous en voulez à ceux qui vous ont mis(e) dans cette situation. Mais sont-ils la bonne cible ?

« Un homme en colère est un homme qui n’a pas su dire non et éprouve, en plus, le remords de ne pas l’avoir fait ». Tahar Ben Jelloun.

En théorie, nous sommes entièrement libres de nos choix, de nos décisions et de nos actes, dès lors que nous respectons les autres. Mais notre réalité est nuancée par nos peurs : abandon, perte d’amour, rejet… Autant de perspectives insupportables que nous sommes prêts à éviter en « payant » très cher. Trop cher, parfois.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous auriez fait durant la 2e guerre mondiale… Résistant ou collabo ? A titre personnel, je préfère m’imaginer résistante. Mais si mes proches m’avaient fait du chantage affectif pour m’encourager à dénoncer mes voisins, quand et comment aurais-je dit non, concrètement ? Aurais-je eu le courage de cette liberté ? Aurais-je eu le courage de considérer que mes valeurs étaient plus importantes que les sentiments et le regard de mes proches vis-à-vis de moi ?
Ma place dans l’histoire étant ici et maintenant, ce type de question peut sembler sans intérêt. Excepté celui de mettre mes décisions et actes d’aujourd’hui dans la perspective du courage et de la lâcheté.

La liberté individuelle est exigeante en termes d’affirmation. Elle ne souffre aucune compromission, aucun petit arrangement, aucun « noui ». Mais le prix de la liberté paraît exorbitant pour tous ceux qui cherchent à plaire, et donc, à se conformer au rôle que la société leur assigne.

En théorie, personne n’a la légitimité de prendre le pouvoir sur son voisin en usant de ses peurs. Aucune position hiérarchique, sociale, familiale, amicale ou amoureuse ne l’autorise. Encore moins les odieux critères subjectifs de la discrimination. Mais la réalité raconte une autre histoire… D’autant que les victimes nourrissent le système ! Combien d’hommes et de femmes subissent les tracasseries de leur chef par peur du chômage, les humeurs de leur conjoint par peur de la solitude et les avis de leurs amis par peur du rejet ?

Et pourtant… Il y a, au fond de notre intime, quelques leviers pour imposer notre point de vue et nous faire respecter tout en respectant l’espace de liberté de ceux qui nous entourent. Le premier est la connaissance de soi, de ses propres valeurs, de ses convictions, de ses envies et de ses limites. Pour s’affirmer il s’agit donc de se déterminer puis d’agir en conscience.
Dans le film d’Agnès Jaoui, « Au bout du conte », l’un des personnages envisage une rupture par texto, au motif que ce serait plus simple. « Plus simple… Surtout pour toi ! », lui répond son interlocutrice. Si le « non » nous appartient, sa mise en œuvre entre également dans le champ de nos responsabilités. Nous avons tous le droit de nous tromper, mais il est impératif de l’assumer. Pour les autres, mais surtout pour nous. Et assumer nous impose d’exister pleinement plutôt que de choisir la convoitise, la passion ou l’envie de l’autre comme ligne de conduite.

Dès lors que nous comprenons (à peu près) ce qui se passe en nous, nous pouvons affirmer nos positions sans jugement. Dire non, sans que les autres ne se sentent remis en cause dans ce qu’ils sont. Ce sont leurs actes ou leurs paroles qui doivent susciter le refus. Pas leur personne.
A l’échelle d’une société, la Justice a un rôle majeur à jouer. Dès lors qu’elle fonctionne, le « non » devient explicite. A l’inverse, lorsqu’elle permet des arrangements, elle laisse le champ libre à tous les supermans de quartier. Elle ré-autorise la vindicte populaire. L’affaire DSK en est un exemple flagrant. Les faits ne seront jamais jugés aux États-Unis. Aucune instance légitime, représentative des valeurs d’un peuple ne prononcera le « non » nécessaire à la collectivité pour tourner la page. Dommage.

Comprendre le champ de nos propres responsabilités nous permet de n’assumer qu’elles mais de les assumer pleinement. Rien de tel pour tordre le cou à la culpabilité. La culpabilité… Vous savez, ce sentiment destructeur qui nous fait porter des douleurs qui appartiennent à d’autres ! Et qui nous fait perdre de vue ce qui compte vraiment à nos yeux.
Les lignes bougent, notre environnement se transforme. Il est urgent d’interroger nos certitudes et de renforcer nos valeurs. Parce que, si le « non » est essentiel pour défendre nos positions, la liberté dépend d’abord de ce à quoi nous croyons, ce à quoi nous avons pleinement envie de dire « oui ».

La liberté n’est pas conservatrice, elle a besoin d’exigence, de remise en question et de créativité. Elle a besoin d’humilité et de courage… D’individus en pleine confiance d’eux-mêmes et prêts à se confronter à leurs peurs.

C’est de nous dont on parle, non ?

Mina Moutski
16/03/13

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