New Orleans part 1 : Le bon temps a-t-il roulé ?

Treme

Des flots incessants de touristes se déversent chaque jour, ou plutôt chaque nuit, sur Bourbon, Decatur, Rempart, Basin’ et Canal Street à la recherche des sensations ultimes que procurent le mélange épicé entre l’alcool, la cuisine cajun/créole, les strip-bars pour tous, le blues, le jazz, le vaudou, la vision de noirs revêtus de costumes de plumes multicolores comme des indiens de supérettes.

La Nouvelle-Orléans, The Big Easy, l’exception culturelle multiraciale, la capitale mondiale de la musique dans laquelle les enterrements sont des fêtes, ville qui inspira l’excellent James Lee Burke dans ses livres « Dave Robicheaux », la série HBO « Tremé », le « tramway nommé désir » de Tennessee Williams, « la conjuration des imbéciles » prix Pulitzer à titre posthume pour son auteur, John Kennedy Toole, les vampires d’Anne Rice, la ville de Louis Armstrong, de Sidney Bechet, de Professor Longhair, de Champion Jack Dupree, de Fats Domino, d’Irma Thomas, de Coco Robicheaux, de Trombone Shorty, de Dr John, de Harry Connick Jr, des frères Marsalis, de Lee Dorsey, d’Allen Toussaint, des Wild Magnolias, de Marie Laveau, de Marie Delphine Lalaurie et tant d’autres….

N’en jetez plus, et même si certain(e)s n’y sont pas né(e)s, leur histoire est liée à celle de la ville et vice-versa.

Nola, pour les intimes, est une femme fatale et facile. Une femme aux seins pointus et dressés fièrement vers les extrêmes. Extrêmes chaleur et humidité tropicales, extrême pauvreté, extrême passion, extrême folie, extrême fascination, extrême fragilité, extrême force. Paradoxale, mais envoûtante, génétiquement, dès qu’on y foule le pied, dès qu’on en entend parler, dès qu’on entend battre le rythme de son cœur multi facette.

Putain de ville que celle-là, racoleuse à souhait, démoniaque comme une MST qui détruit tout sur son passage. Comment parler de toi, femme, fille, mère, sœur et putain de luxe décharnée ? Je ne peux que commencer par la surface, par les clichés qui, en fait, n’en sont pas, parce que toi, Nouvelle Orléans, tu es la seule ville au monde qui lors d’un carnaval ne se déguise pas , mais se dévoile, se révèle.

Et si je m’y prenais autrement ?

Je me souviens de la série «Tremé », en hommage à un de tes quartiers les plus célèbres. Il y a deux scènes que j’aimerai relater ici :

La première se déroule lorsque Albert « Big Chief » Lambreaux, joué par Clarke Peters, essaye de remonter sa troupe pour Mardi-Gras. Son ami lui reproche la futilité de la chose alors qu’il n’y a plus d’électricité, plus d’eau chaude après le passage de Katrina et la faillite des pseudo-mesures de protection de la ville, qu’il reste encore plein de cadavres à sortir des ruines de maisons dévastées. Le Big Chief entame son chant. Le voisin cède. « Ok, je te filerai un coup de main ».

La seconde se passe dans le car qui relie Bâton Rouge à La Nouvelle Orléans. Antoine Batiste (Wendell Pierce) s’installe. A côté de lui une vieille dame lui demande s’il y va pour le travail ou le plaisir. Batiste répond « pour le plaisir, toujours le plaisir ».
Alors oui, monsieur Aznavour, la Nouvelle-Orléans semble vous donner raison quand vous dites « il me semble que la misère est moins pénible au soleil ». Et pourtant, la misère et le soleil sont, je sais, je me répète, d’une extrême pénibilité ici, comme nulle-part ailleurs.
Alors oui, monsieur Thiéfaine, ici, à la Nouvelle-Orléans, le soleil cherche son futur après le désastre des « hurricane highways », après les violences perpétrées dans le Superdome.

Oui, le bon temps semble avoir roulé, s’être enfui loin de cette ville bizarre, de ce lieu que l’on a du mal à qualifier, à définir, mais quelque chose dans l’amour inconsidéré et immodéré que ses habitants lui portent reconstruira toujours et encore, quoi qu’il arrive, un endroit hors du temps et des modes : Nola.

Si Phoenix est dans l’Arizona, c’est bien en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, qu’il vit, mange, boit, baise, rit, pleure, ce satané Phoenix.
Clément Beylet
16/03/2015

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