Mon mail au (vrai) père Noël

noel

De : l-allumee-du-mois@lesagitesdubocal.com
À : PereNoel@leciel.com
Objet : Cadeaux 2012

Cher Père Noël,

Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais cru en toi. Dès mon plus jeune âge, mes parents m’ont expliqué que tu étais un personnage inventé pour faire rêver les enfants. L’explication de cette singularité dans ma vie est simple : ma mère s’était sentie trahie, lorsqu’elle avait découvert, à l’âge de 7 ans, sous le feu croisé des moqueries, que tu n’existais pas. Des années plus tard, en pleine révolution Dolto, elle avait, après concertation avec mon père, préféré me confronter à la vérité plutôt que de m’infliger le même désastre émotionnel : j’ai donc toujours su que c’était les grandes personnes qui achetaient les cadeaux.

Tout cela, à compter d’aujourd’hui, fait partie de mon passé. Je l’assume, mais je suis fermement décidée à tourner la page pour croire enfin à ton existence. En cette année 2012, tu me sembles être un ultime recours tout à fait crédible. Ce n’est pas à tes copiés/collés commerciaux que je m’adresse, ceux qui gagnent quelques sous en se déguisant, mais à toi, l’Original.
Après une longue enquête et des nuits blanches sur Google, j’ai fini par te trouver. J’ai essayé de te joindre via Skype et Face Time, mais tu n’as pas décroché. Peut-être n’as-tu ni IPhone, ni Galaxy, ni IPad… Avec toi, tout est possible, même le plus improbable. La preuve : tu n’as jamais remplacé ton traineau par un Porsche Cayenne ou un Q7. Je l’ai compris, tu n’as pas besoin de tous ces trucs à la noix, tout simplement parce que tu es un magicien. Inutile de le nier, je t’ai démasqué. Sinon, comment arriverais-tu à entrer chez les gens, en passant par des cheminées qui mènent à des chaudières émettrices de CO2, sans salir tes fringues, sans te brûler et sans tousser ? Comme tu peux le constater, mon analyse est diaboliquement perspicace…

A ce propos, j’aimerais profiter de ce mail pour partager quelques-unes de mes interrogations avec toi. Est-ce parce qu’il n’y a pas de cheminées, et encore moins de chaudières dans les bidonvilles, dans les abris de SDF, dans les pays en guerre et dans les camps de réfugiés, que le 25 décembre est un jour de merde comme les autres pour les mômes et les adultes qui y vivent ? Ou bien est-ce une question d’assurance qui refuserait de couvrir ton traineau rempli de cadeaux si tu t’aventurais dans ces lieux, peu recommandables selon les normes et les bonnes pratiques les plus rentables ?
Fais gaffe de ne pas tomber, toi aussi, dans la facilité de court terme. Les gamins des maisons à cheminées sont complètement dépassés par le nombre de cadeaux que tu déverses chez eux. Pire, ils deviennent accroc au déballage comme leurs parents peuvent l’être aux médicaments qui font sourire. Et au printemps (la saison, pas l’enseigne), ils vont tenter de remettre ça avec le Lapin de Pâques, qui se plaint déjà de ses conditions de travail épuisantes. Il se déplace à pieds, lui !

Si la folie consommatrice des humains peut sembler parfois sans limite, je sais au fond de moi, que tu es avant tout un humaniste. J’ose espérer que tu soies toujours convaincu que ce ne sont pas les diktats multinationaux qui disent le bonheur. Mais bien le cœur et l’intention bienveillante de ceux qui passent des heures à mettre de l’amour dans ce qu’ils offrent.
Rappelle-nous, Père Noël, qu’en cette saison, une orange peut être bien plus satisfaisante qu’une pomme…
S’il te plait, fais-le.

Cette année, puisque je crois enfin en toi, j’ai décidé de te proposer une liste dans laquelle je te laisse libre de choisir un seul et unique cadeau, celui qui entrera le mieux dans mes bottes. J’ai bien failli m’en acheter une nième paire pour t’impressionner un peu, mais il fallait que je reste cohérente. J’ai donc résisté à toutes les affaires promotionnelles, à tous les mailings et à toutes les offres personnalisées, imaginées spécialement pour moi, moi, moi et ma CB. Le 24, ce sont des bottes, vieilles de deux mois déjà, que je poserai directement au pied de ma chaudière à gaz. Et j’invite tous ceux qui ont du chauffage chez eux à faire de même. Si tu gagnes en temps de trajet, peut-être arriveras-tu à passer chez plus de monde ? Surtout s’il n’y a qu’un seul cadeau par paire de chaussures. Peut-être pourras-tu enfin à te rendre dans les maisons de toile, de tôle ou de cartons, voire dans celles qui cherchent à survivre aux bombes ou à la répression.

Mon cadeau unique, je l’aimerais sans papier brillant, sans ficelles dorées et sans paillettes. Et je souhaite surtout qu’il soit durable. Je te laisse choisir, tout me rendra heureuse dans la liste suivante :

  • Une vision politique planétaire, au sens noble du terme, qui permette d’envisager un monde juste
  • Une conscience collective de l’intérêt commun qui rende obsolète toute forme de lutte de pouvoir et d’extrémisme
  • Une richesse humaine qui prenne le pas sur les profits immédiats et la spéculation
  • De l’empathie partout sur la planète
  • Une folie collective créatrice et vivante plutôt que destructrice et fuyante
  • Un accès au savoir et à la culture pour chacun d’entre nous
  • Une vraie égalité des chances, pour tous, où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent

Ne me dis pas que rien n’est disponible en rayon, que nous ne sommes pas dans le monde de Oui-Oui et qu’il y a une crise économique sans précédent blablabla… Si j’ai décidé de croire au Père Noël, je te l’ai expliqué, c’est par choix. Parce qu’il n’y en a peut-être plus beaucoup d’autres…
Plus je grandis et moins je suis sure que les grandes personnes soient les mieux placées pour choisir les cadeaux qui permettront aux enfants de s’épanouir à long terme. Il est donc temps pour toi de te débarrasser de tes sosies, de faire fi des apparences et de reprendre ta vraie place parmi nous. À toi de jouer mon vieux…

Mina
07/12/12

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