Lumières !

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Les lumières volées aux regards de Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Moustafa Ourad et Michel Renaud par un commando barbare, sont plus fortes que l’horreur. Elles s’allument et se multiplient dans les cœurs, au bout des larmes, des doigts et sur les rebords de nos fenêtres. Signes d’espoir et de résistance pacifique, elles affirment notre attachement universel à la liberté de penser, d’agir et d’être. Notre attachement à la démocratie.
Elles sont les signes extérieurs de l’héritage d’ouverture, d’humanisme, d’insolence et d’humour dessiné au fil des années par les crayons iconoclastes de Charlie Hebdo. Elles repoussent l’obscurantisme, pour affirmer haut et fort que l’humanité sait vaincre ses peurs et ses négligences pour grandir.

Il est merveilleux d’apprendre et de penser librement. Des nazis à boko haram, en passant par les khmers rouges et les totalitaires de tout poils, l’histoire contemporaine trébuche en permanence sur des tentatives avortées d’avilissement par la négation de la culture et du savoir. Nos petites flammes disent aujourd’hui « not afraid » à ceux qui veulent nous soumettre à la loi de la terreur. Elles rappellent au monde les valeurs fondamentales de Rousseau, Montesquieu, Diderot ou Voltaire, qui, au 18e siècle, ont façonné notre identité en offrant des racines de liberté à leur pensée et à la notre. Les lumières… Les artistes et penseurs se transmettent leurs valeurs, les bousculent et les font évoluer. Les crayons des humoristes libertaires de Charlie faisaient partie de cette chaîne de l’intelligence, profondément humaine. Un maillon qui faisait rire autant qu’il démangeait et dérangeait les conformismes.

Nous avons aujourd’hui la lourde charge de porter sans eux la flamme quasi olympique de la pensée et de la liberté. Ne négligeons pas cette responsabilité, elle n’est autre que le souffle qui donne du sens à nos vies.
Je vous parle d’une flamme qui réchauffe les esprits et les cœurs pour les rapprocher. Une flamme qui refuse le consensus mou et la compromission. Une flamme qui rappelle à nos politiques l’énorme responsabilité qui est la leur pour tracer les lignes fragiles de notre cohésion, une flamme qui éclaire la liberté, l’égalité et la fraternité. Une flamme qui laisse à la police et à la justice le soin d’arrêter et condamner ceux qui bafouent la vie et piétinent la grandeur humaine.
Notre difficulté est de porter cette flamme dans un esprit de justice, d’ouverture et de reconnaissance des engagements partagés par tous les esprits respectueux de la liberté. La gangrène extrémiste ne doit pas broyer notre capacité de recul et notre discernement. Gageons que nous ne nous transformerons pas en loups de Lafontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frères »… Bousculons définitivement nos certitudes, méprisons nos peurs et refusons la tentation du rejet de l’autre ou de la vengeance.

En 1998, la France s’affirmait Black, Blanc, Beur par la magie d’un ballon. J’ose croire qu’elle saura aujourd’hui préserver son identité métissée pour se soustraire au supplice du bâillon, que des assassins essayent de lui imposer avec abjection. Si nous sommes tous Charlie désormais, cela signifie que nos couleurs de peaux, nos religions ou nos convictions ne peuvent que nous unir autour d’une grande idée de démocratie laïque.

Charlie peut vivre.
66 millions de crayons pensants, de toutes les couleurs ont les moyens de rêver et de dessiner l’avenir…

Mina Moutski.
08/01/15

Dessin de Markus 14

Les lumières de Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham, François-Michel Saada et des 2000 personnes massacrées au Nigeria par boko haram durant la semaine des attentats parisiens se joignent à celles des personnes assassinées le 7 janvier 2015 pour nous enjoindre au courage, à la liberté et à l’amour.

Mina Moutski, le 11/01/15

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