Lui & Elle

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Lui : Il reste des bananes ?

Elle : Oui, mais tu dois les trouver !

Lui : Hum, j’aime ça aussi tu sais… Tu es inventive pour la blague. Mais moi, je suis créatif. Alors accroches-toi poulette car je vais retourner toute la maison.

Elle : On verra (rire)… Mais si jamais tu les trouves, tu m’en laisses, je vais courir tout à l’heure.

Lui : Tu peux manger autre chose avant de courir, non ? En plus tu as du en planquer un peu partout je parie.

Elle : Sérieux ? Tu fais ton froggy là ?

Lui : Pourquoi tu cours ?

Elle : Tu me cherches ?

Lui : Nan, mais tu as vraiment un problème avec les bananes.

Elle : Non, j’aime ça.

Lui : Cette discussion est stérile, depuis le temps.

Elle : C’est le fruit qui est stérile.

Lui : Hein ?

Elle : La banane est le fruit (ou la baie) dérivant de l’inflorescence du bananier. Les bananes sont des fruits très généralement stériles issus de variétés domestiquées.

Lui :  Domestiquées, voilà. Nous devrions planter des bananiers pour notre consommation personnelle. On prendrait exemple sur les cultivateurs de cannabis : humidification, ultra-violets intensifs, chaleur, culture hydroponique, la totale ! Des bananes à nous, toute l’année !

Elle : Je vais te faire une confidence, j’y ai déjà songé. C’était à Hô-Chi-Minh-Ville en revenant de mon séjour à Shanghai. L’humidité, le soleil, des bananiers partout, le paradis… Bon, il nous reste de la place dans l’entrepôt pour faire une serre, non ?

Lui : L’entrepôt c’est mon atelier, tu rigoles ou quoi ?

Elle : 120 m2 d’atelier…

Lui : Oui, je me suis battu pour ça ! Nous étions d’accord, c’est mon espace de liberté.

Elle : Heu, et la mienne (de liberté) ?

Lui : Tu y répètes toute de même tes Pecha Kucha quand tu veux, non ? Et c’est aussi en partie la salle de jeux des enfants… C’est quand même là que nous avons installé le manège de Bourriquet. Alors dis-moi, de quoi on parle là ? On est fatigués non ?

Elle : Hum, oui. Jetlag. Il faut qu’on se calme sur les aller-retours à Montréal.

Elle, Lui : Jeeeeet-laaaaag.

Lui : Excuse-moi.

Elle : Excuse-moi.

Lui : Quand tu as deux maisons, tu n’es n’y dans l’une ni dans l’autre. Enfin bon moi j’aime bien, même si je suis KO à chaque vol vers l’est. Heu, d’ailleurs, à propos d’est, je ne peux t’accompagner à Sydney le mois prochain. J’ai une expositions avec Guillaume à Copenhague. « Collapsed Architecture », tu te souviens, c’est celle que nous avions produite à Vilnius en juin. C’est quatre jours à cheval sur un week-end. J’emmènerai les enfants avec moi. On pourra se gaver de poisson (rires).

Elle : Encore du hareng salé et séché ? Attention […] , tu manges trop de sel.

Lui : Mouais, je préfère le salé au sucré… Je ferai attention, ne t’inquiète pas.

Elle : Vous me rejoignez en Australie après ?

Lui : Et l’école ?

Elle : Grrr ! Bon c’est vrai, ils ne peuvent pas manquer l’école sans arrêt… Mais je pars deux semaines !

Lui : Skype…

Elle : …

Lui : De toute façon, tu aimes biens effectuer tes déplacements seule. C’est plus simple non ? Les collections se vendent partout, tu es sur-sollicitée, c’était ton rêve rappelle-toi.

Elle : Oui mais là…

Lui : Nous avons atteint les objectifs que nous étions fixés. Nous devrions prendre le temps d’envisager la suite. Apprends à déléguer. Moi je peux difficilement faire l’impasse sur ma présence aux expositions.

… A vrai dire pour toi c’est pareil.

Elle : …

Lui : Bon j’ai faim.

Elle : Attends, ce n’est pas si simple. C’est ma vie, la notre.

Lui : On devrait habiter Air Force One et tourner autour du monde en fonction de nos besoins. En supprimant les trucs inutiles on doit bien pouvoir aménager l’espace à notre convenance.

Elle : « Bonjour, voici nos enfants, deux autistes isolés du lien social. »

Lui : Oui bon…

Elle : OK, je cherche le paper board et on dessine notre avenir.

Lui : Jaune.

Elle : Quoi « jaune » ?

Lui : Notre avenir est jaune. Les bananes…

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