Los Angeles : Zebra 3, le Dahlia noir ou la western renaissance ?

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Pour beaucoup de gens, le monde se lit comme la calligraphie arabe : de droite à gauche, d’Est en Ouest. A chaque nouveau départ, à chaque tiroir refermé, à chaque nouvelle porte ouverte, nous nous dirigeons un peu plus  vers là,  nous tentons de nous rapprocher d’une ultime western renaissance, avec en ligne de mire quelque chose qui recommence, quelque chose qui se réinvente, quelque chose d’absolu comme Los Angeles.


Mais, au final, qu’en est-il, où arrivons nous ? A la pointe californienne de la richesse harmonique, au surf magnifique des Beach Boys, aux immenses lettres blanches du bois sacré, aux étoiles du pavé de l’immortalité, dans les meilleurs studios d’enregistrement du monde, sous les caméras de l’Universal ? Ou dans un chapitre fracassé d’Ellroy, de Donnelly, de Chandler, dans une guerre de gangs entre latinos et blacks, dans une ruelle aux poubelles renversées, aux papiers gras flottant dans le vent sale du générique de Starsky et Hutch ?
Ou dans tout ça à la fois ?
L.A. est l’image de la puissance. Puissance de la reconstruction, de la dévastation, de l’absurdité, du magnifique plongeon vers l’abîme des couchers de soleil. C’est aussi le bout du bout du tunnel à la  clarté aveuglante d’une histoire qui ne peut que revenir en arrière, pour mieux recommencer dans l’autre sens afin de voir ou de tirer un trait sur ce qu’on a loupé.
Los Angeles, existes-tu seulement ? Trop idéalisée pour être réelle, trop immense pour être appréhendable, trop disparate pour être conceptualisable, trop d’espoirs, trop de désillusions, trop de couleurs dans un kaléidoscope de brutalité, trop de silicone dans les seins des femmes, trop de bodybuilding, trop d’images défigurées par nos attentes…trop de trop.
Los Angeles, tu n’es que fantasme pour ceux qui n’y sont pas. En 1940, dans la chanson « DO RE MI », Woody Guthrie le disait déjà : « …la Californie est le jardin d’Eden, un paradis à vivre et à voir, mais croyez-moi ou pas, vous ne la trouverez pas si chaude que cela si vous n’avez pas le DO RE MI (ndr : le fric)…». Tu n’es finalement qu’une « ville de la nuit », comme le chantait Morrison dans L.A. Woman, qui ne réchauffe que ceux qui ont déjà tout. Pour les autres, le jour est froid, glacial même.
La musique à L.A. est du même acabit. On peut y entendre des choses terriblement sucrées proscrites aux diabétiques, mais aussi « under the bridge », histoire personnelle du chanteur des Red Hot Chili Peppers drogué couchant sous les ponts, mais aussi le hard core des Black Flag, le rap violent hispanique…
Dans cette ville qui n’a pas de centre, pas de cœur, dans laquelle les piétons sont des extra-terrestres tant les distances sont effarantes, tant l’humanité se cache derrière des façades motorisées, sur des skates de compétiteurs, sombrer reste un délice. Car oui, le rêve existe, il est indispensable. Et L.A. sera longtemps encore ressentie comme l’imaginaire définitif. Et même si le centre de gravité du monde se déplace de plus en plus vers l’Est, économie oblige, réussir au coucher d’un soleil qui glisse lentement dans la couette du Pacifique au son de California Dreamin’ rend toutes les autres réussites caduques et sans intérêt, quels que soient les pétages de plomb du LAPD, quelle que soit la réalité…Du moins tant que the big one n’arrivera pas.

Clément Beylet

21/04/2015

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