Le sacre du Printemps

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C’est indéniable, le printemps est là.
Les jours rallongent et les jupes raccourcissent. Les fleurs explosent et les boutons d’acné aussi.
Il y a quatre ans, le printemps fut arabe, sauf en Arabie. Sauf en Algérie. Sauf dans la plupart des pays arabes. Il n’a de fait éclos que dans trois pays dont deux ont repris le chemin du despotisme tandis que le troisième hésite. Maigre récolte.
Cette année il a failli être Ukrainien mais un air glacé venu de Sibérie à détruit les bourgeons. Les fruits risquent la nécrose.

Les années bissextiles, on devrait donner au printemps le nom d’un pays qui découvre la liberté. Comme pour la grippe, parfois asiatique, parfois espagnole ou mexicaine : la liberté aussi est contagieuse. Moins que la dictature cependant. Les années paires non bissextiles on donnerait à l’hiver le nom d’un pays qui sombre dans la tyrannie.
L’Ukraine semble bien partie pour concourir alternativement dans les deux catégories.
C’est à Kiev, tandis que V.V.Poutine se dorait à Sotchi, que Renaud Lavillenie a battu le record du monde de saut à la perche devant Sergueï Bubka, son détenteur depuis 1993. Les Ukrainiens sont de grands sportifs. Cela leur suffira-t-il pour franchir le mur de la haine ? C’est ce que pense Wladimir Klitschko, champion du monde poids lourds et soutien de Maidan, qui cite Mandela : « Le sport a le pouvoir de changer le monde ».

C’est le printemps, indéniablement.
Les enfants hurlent à nouveau de joie dans les parcs, les jeunes filles sourient dans la rue, les garçons le prennent pour eux, et les vieillards passent d’un banc à l’autre en suivant le soleil.
Ça sent le désir de vivre et d’aimer, de profiter de la lumière qui est la même pour tous. Ça sent l’envie de partager les petits bonheurs, d’être bon parce que ça fait du bien.
C’est peut-être ça qui manque à Poutine.
Il faudrait l’inviter à paresser une heure ou deux sur un banc du Jardin du Luxembourg, à regarder les enfants pousser leurs voiliers ornés des drapeaux du monde entier. Suivant les caprices du vent, ils finissent régulièrement par s’amasser sous le jet d’eau et les canards se marrent. Ça rend humble et léger.
Camarade Tsar, quand viens-tu sacrer le printemps avec nous ?

Texte : Théo Knock
Dessin : Le Renard

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