La différence, notre évidence !

Les autres

Un gazage, une dictature, une rébellion polymorphe, des bruits de bottes, une communauté internationale, des déclarations, des jeux de pouvoir… Et moi et moi et moi ! A la différence de Dutronc dans les années 70, j’y pense et je n’arrive pas à oublier. Alors même que le fil boulimique de l’information est déjà distrait par d’autres horreurs quotidiennes. Je ne détiens aucune solution géopolitique, je ne suis pas sure de comprendre l’essentiel des tenants et aboutissants des déchirements fratricides du Moyen-Orient, mais j’ai la sensation que le mur d’incompréhension que l’on nous encourage à construire sur les fractures d’ici et d’ailleurs, devient de plus en plus infranchissable.
Certes, je ne suis pas physiquement en danger et quoi qu’il advienne en Syrie, le risque pour moi de mourir sur la route est plus réel que la menace des armes chimiques. Mais la toxicité est ailleurs. Tapie dans les croyances réductrices et extrémistes de ceux qui ont vendu leur âme à la bourse des apparences, des idées reçues et des attitudes néo-conservatrices.
Combien de temps ma pensée va-t-elle résister à l’approche manichéenne qui tente de me convaincre qu’un dictateur vaut mieux que le voile intégral des femmes ? Aucune des deux situations ne peut être considérée comme acceptable. Pourquoi nous laisser berner et croire que la solution (finale) puisse être aussi simple. Aussi bêtement simple… L’histoire a prouvé de manière persistante que les affrontements dogmatiques entre bons et méchants ne menaient qu’au désespoir des êtres ordinaires… Êtres ordinaires, différents dans leurs croyances, leurs cultures, leurs pratiques ou leurs langages, mais semblables dans leurs rêves et leur humanité. Les autres sont-ils aussi autres que ce que l’on essaye de nous faire croire ?
A force de cliver et de souligner les différences sur la base des origines, des croyances ou des habitudes, à force d’approcher la relation humaine avec une logique de segmentation marketing, à force de croire qu’il n’existe qu’une vérité, le fossé se creuse entre des communautés de plus en plus atomisées. A ce rythme, l’ampleur du découpage sera telle que mes mains ne voudront bientôt plus s’approcher de mes pieds en raison de l’énorme différence de fonctionnalité et d’esthétique qui les sépare… Mon destin est-il de devenir une femme morcelée, lézardée par une ligne de fracture, ou pire, de devenir une entité biologique aux fonctionnalités connectées à un système d’information déshumanisé qui m’interdit de penser ? Poussière, redeviendrai-je poussière ?
Jamais !
Je peux négocier sur tout, mais la face de lumière de l’humanité n’est pas à vendre. Notre matière grise nous éclaire. L’intégrité de chaque individu, cette fameuse unicité dont on nous rebat les oreilles pour nous vendre des téléphones, des systèmes de protection ou des boites de Coca, n’a de réalité possible qu’en se plaçant dans le partage et la curiosité bienveillante envers l’autre.
Certes, la société humaine est complexe. Elle est économiquement, écologiquement et sociologiquement chargée de violence. Mais elle a fait erreur en imaginant devoir entrer en compétition avec elle-même et avec les technologies qui l’entourent. Pour tenter de gagner un combat dénué de sens, elle s’épuise et accélère au-delà de ses capacités physiologiques et psychologiques. Elle se dope pour oublier sa dépression et continuer sa course folle. Mais elle perd à tous les coups. Pourtant, elle est douée de créativité et d’intelligence. Nourrie par les points de vue, les cultures, les croyances et les habitudes diverses qui la composent.
J’ai la conviction que le sens vient de la capacité de chacun à s’ouvrir aux autres pour créer les liens nourriciers d’une société véritablement humaine. Peut-être nous sommes-nous trompés de mondialisation. Parce que l’intention des leaders de ce mouvement était la prise de pouvoir sur les autres plutôt qu’une prise de pouvoir pour les autres ?

Les autres… Quelle que soit la place que je leur donne, ils sont, au même titre que moi, les éléments d’un tout qui me dépasse autant qu’il les dépasse. Alors ces autres, capables des pires massacres, des plus belles œuvres et des rêves ordinaires les plus ambitieux, qui sont-ils ? L’évidence de nos ressemblances est-elle plus grande que nos quelques différences ?
Ces questions valent bien à mes yeux une réflexion au long cours. Une saison de chroniques. Le sujet est magnifique. Il s’agit de vous… De moi…
De nous.

Mina Moutski
29/09/13

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