En attendant les cerises

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C’est le printemps. Le pollen frémit d’impatience dans les chatons naissants et les ados bourgeonnent de libido désordonnée, à moins que ce ne soit l’inverse.
L’œil de Moscou reste braqué sur Kiev. Le strabisme impérieux de Poutine confond toujours puissance et nuisance. Le monde est en ordre et Marcel D. se frotte les mains faute de mieux.
En France, les politiciens bourrent le mou des électeurs qui pourront se vider les urnes à temps pour tuer l’agneau pascal, à moins que ce ne soit l’inverse.

C’est le printemps. La vie explose plus fort que les bombes et ne cesse de faire des pieds de nez à la mort, quoiqu’en Syrie ou à Guantanamo ce soit plutôt l »inverse.
Un vert impétueux, apolitique, laïque, généreux et désintéressé va recouvrir nos campagnes où mugiront de féroces taureaux affolés par des vaches amoureuses, où des abeilles inconscientes butineront les fleurs du mal créées par Monsanto, tandis que nous lutinerons nos compagnes troublées de désirs trop précis pour devoir être avoués et là, il ne faudra surtout pas faire l’inverse.

C’est le printemps. La lumière l’emporte sur la nuit, l’amour renverse la peur, la joie bouscule les bonnes mœurs, des orgasmes mystiques bouleversent les bonnes sœurs, et c’est tant mieux si c’est parfois l’inverse.
Le bordel s’installe dans les lymphes gonflées d’hormones animales, les nymphes se dénudent dans le prés et les champs gorgés d’ardentes semences végétales. La jeunesse se prend à rêver et la vieillesse à soupirer. Il n’y a que les grincheux en cravate, les haineux en barbe et les frustrés en aube pour s’offusquer de l’éruption incontrôlable des pulsions biologiques.

C’est le printemps, la saison des désirs triomphants et de l’anarchie indomptable, Profitez-en. Le temps des cerises est si vite passé.

Pégéo, 21 mars 2015.

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