Coup de gueule !

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L’actualité déborde d’affaires et d’actions malhonnêtes… signes d’une dérive des comportements  de ceux qui détiennent un pouvoir politique, économique ou médiatique hors du commun. La citoyenne que je suis est à la fois blessée de voir sa confiance trahie et à la fois confondue par les positions des médias et des réseaux sociaux qui jugent avant même que les enquêtes de police ne soient closes et que la justice n’ait prononcé son verdict.
Pour être certaine qu’il n’y ait pas de méprise, je précise que j’apporte mon entier soutien aux enquêtes de presse permettant de dévoiler des dysfonctionnements ou des abus de pouvoir. Du Watergate (Washington Post) aux avions renifleurs (Le Canard Enchaîné) jusqu’au compte suisse de Jérôme Cahuzac (Mediapart), les journalistes ont démontré, au fil de l’histoire, qu’ils savaient faire librement et sérieusement, un travail d’investigation. Le monde de l’économie a également trébuché face à leur pugnacité : Médiator, Bisphénol A… Et je suis émue et admirative de ceux qui, comme Anna Politkovskaïa, sont morts de ne pas avoir renoncé au libre exercice de leur profession.

Mon interrogation aujourd’hui porte plutôt sur le gigantesque café du commerce qui s’organise autour des affaires Cahuzac ou Sarkozy pour ne parler que des plus récentes. Je me demande comment la justice, garante de notre démocratie, peut travailler sereinement dans un contexte où chacun pense détenir la vérité et le pouvoir de l’exprimer. Nous sommes, certes, en droit de nous interroger par rapport à son indépendance, mais le fait qu’elle aille à l’encontre de nos certitudes n’est pas non plus le signe de sa subordination au « système ». D’autant plus qu’au regard des faits, elle apparaît imparfaite mais plutôt digne de confiance. Et tant mieux, parce que nous pouvons tous avoir affaire à elle, dès demain.
Qui sommes-nous pour porter un jugement positif ou négatif sur nos semblables avant qu’un tribunal n’ait statué ? Nos intimes convictions sont-elles suffisantes pour condamner ou innocenter nos contemporains ? Le suicide récent du médecin d’une émission de télé-réalité devrait nous faire réfléchir sur le pouvoir collectif que nous détenons en affirmant ou en relayant des positions sur des faits que nous ne connaissons que partiellement. La peine de mort a été abolie en France il y a 32 ans, mais cet homme n’a pas survécu au regard accusateur porté sur lui… Certes, la pression de l’opinion est une réponse à celles que peuvent exercer les sphères du pouvoir. Mais est-ce pour autant une justification de son bienfondé ?

La nature humaine est ainsi faite que lorsqu’une opportunité est donnée à un individu de passer entre les gouttes, il la saisit. Il me paraît donc important de nous interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour limiter la tentation pour tout le monde, plutôt que de crier à l’injustice et au scandale. Il nous faut trouver des moyens éducatifs et structurels, des radars efficaces pour éviter les petits et grands arrangements avec les valeurs républicaines. Nous sommes en démocratie, nous sommes libres de nos votes, nous pouvons dialoguer avec nos élus et exprimer nos opinions dans la rue. Pourquoi y a-t-il beaucoup de monde pour défiler à propos du mariage pour tous et personne pour imaginer la révision de notre projet social, politique et économique ? Pourquoi tant de critiques et de couperets inflexibles pour si peu de propositions permettant de sortir de l’ornière ? Après la deuxième guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance avait écrit la France, ses principes et ses valeurs. C’était en 1945, un peu d’eau a coulé sous les ponts. Faut-il attendre une dévastation d’une même ampleur pour réinventer notre vision et notre avenir ?
Le lynchage et la mort médiatiques des personnes incriminées dans les « affaires » sont des concepts ineptes et bien peu défendables au regard de la préservation de notre essence sociale. Notre humanité individuelle et collective passe nécessairement par notre capacité à réinventer le sens de notre société, les liens qui nous y unissent et le cadre dans lequel il faut agir.

Ayons confiance en notre capacité créative et refusons de nous laisser embourber par le populisme et la loi du Talion en nous racontant à nous-même que nous sommes irréprochables au point de pouvoir juger les autres. N’affichons pas la même arrogance que ceux qui passent les lignes et font tout pour préserver leur impunité. Arrêtons de stigmatiser les « méchants » et acceptons d’envisager que nous puissions faire partie du problème. La réalité est bien là. Parce que nous appartenons à une seule et même société. Une société très critique qui gagnerait beaucoup à développer des propositions alternatives.
Accepter de faire partie du problème, c’est comprendre que nous faisons partie de la solution. Et nul doute qu’elle sera à la hauteur de nos exigences et de nos attentes.
Notre liberté est à ce prix.

Mina Moutski.
15/04/13

Lorsqu’ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils ont emprisonné les socialistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste.
Lorsqu’ils ont arrêté les Juifs,
je n’ai rien dit, je n’étais pas Juif.
Lorsqu’ils sont venus me chercher,
il ne restait plus personne pour protester.

Martin Niemöller. Pasteur et théologien allemand. (1892-1984)

Illustration : Lemanovski, Lynchage-détail, huile sur toile

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