C’est le moment !

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Tous les matins, à l’heure du jus de fruit, une pub m’annonce : « Bordeaux et Paris n’ont jamais été aussi près d’être aussi proches ». Et l’argumentaire de préciser qu’en 2017, ces villes seront à deux heures l’une de l’autre en TGV. Est-ce une anticipation des résultats de la prochaine élection présidentielle ? Avec la SNCF, tout est possible…
Aussi près d’être aussi proches… Pourquoi ne pas se servir de ce slogan en l’appliquant à la montagne d’informations déprimantes que nous ingurgitons au quotidien ? Tentons le coup…
Depuis le Carnaval pathétique sur la loi Macron (mais oui, mais non, c’est pas moi, c’est lui, 49.3), la France n’a jamais été aussi près d’être aussi proche de la tétraplégie. Ce qui permet aux plus avant-gardistes d’exprimer une idée totalement innovante : je ne suis pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord…
Entre les actes antisémites ou islamophobes et les affiches « Je suis Juif, je suis Musulman, je suis Charlie », la France n’a jamais été aussi près d’être aussi proche de la schizophrénie. Fille de Descartes, elle cherche avidement la synthèse de ses paradoxes dans un bleu marine si décomplexant qu’il permet à chacun d’affirmer haut et fort qu’il n’est pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord…
Et lorsque Vladimir Poutine n’est pas d’accord pour faire marche arrière en Ukraine, personne n’est d’accord. Qui est donc ce type qui n’en fait qu’à sa tête alors qu’on n’avait jamais été aussi près d’être aussi proche de pouvoir enterrer le dossier avec les morts ? Pareil avec la Grèce qui n’a jamais été aussi près d’être aussi proche de la cessation de paiement. Pourquoi Alexis Tsipras n’est-il pas d’accord pour payer ? Personnes, en dehors du peuple grec n’est d’accord avec lui. Étrange. La raison du plus fort etc…

Et si nous n’avions jamais été aussi près d’être aussi proches d’être obligés de tomber d’accord sur nos fondamentaux pour que la planète continue à nous tolérer à sa surface ? Et si nous n’avions jamais été aussi près d’être aussi proches de devoir abandonner arrogance et luttes de pouvoir pour construire le monde meilleur qu’Areva, Dassault, Vinci et EDF n’arrivent pas à imaginer à notre place ?
La transformation est en marche. Certes, elle fait monter le système en pression jusqu’à le faire exploser, elle fait grincer les dents des requins, s’agiter les esprits sclérosés jusqu’à l’épuisement et elle provoque des maladies auto-immunes aussi grave que le djihadisme… Mais, elle nous présente aussi un verre à moitié plein, qui démontre à quel point cette transformation est formidable et peut nous laisser envisager le meilleur pour nos enfants. Elle est porteuse des traitements anti-cancéreux ciblés et incroyablement efficaces, elle nous prédit la sécurité alimentaire en Afrique pour 2030, elle fait reculer la mortalité infantile, elle considère l’obsolescence programmée comme un délit, elle facilite la diffusion de la connaissance et l’intégration européenne. Elle est le chaos qui semble menacer la démocratie alors qu’il en est sa planche de salut.
Le prix à payer de ces perspectives extraordinairement motivantes est d’accepter que  rien ne soit plus comme avant (avant quoi ?), à l’exception des valeurs qui nous tiennent le plus à cœur. Accepter de rendre ce qu’il est confortable de conserver, plutôt que de laisser à nos enfants la lourde déconvenue de le perdre intégralement. Voilà sans doute notre responsabilité centrale aujourd’hui. Accepter de partager plutôt que d’échanger, en prenant l’autre en compte. Quelle que soit sa place et quelle que soit la notre.

A compter d’aujourd’hui, c’est vitamine C pour tout le monde. Nous n’avons jamais été aussi près d’être aussi proches de pouvoir vivre heureux.

Mina Moutski
18/02/15

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