Blaze Bayley, un homme à fans

le King of Metal Blaze Bayley

Rendez-vous le 15 septembre au caf’conc de Barthenheim, en Alsace, avec un homme heureux. Blaze Bayley, principalement connu pour avoir remplacé Bruce Dickinson au micro d’Iron Maiden, s’y produit en acoustique, accompagné d’une guitare et d’un violon. Un virage à 180 degrés pour l’un des hurleurs les plus magiques du hard rock. Entretien en loge, entre les balances et le concert, avant que mister Bayley himself n’aille accueillir la centaine de spetateurs à l’entrée de la salle.

 

Blaze, as-tu des habitudes, des manies, un cérémonial particulier avant de monter sur scène ?
euh, pas vraiment. Je ne suis pas un artiste très régulier. Je suis juste un artiste culte pour ces quelques milliers de fans qui me suivent dans le monde et achètent tout ce que je fais. Je n’ai pas de grand label derrière moi, ma femme s’occupe de mon management, je prépare tout seul mes tournées, je fais moi-ême mes disques…

et mes fans me soutiennent. C’est une relation très honnête et directe. Je n’ai pas d’équipe qui m’accompagne. Je monte donc moi-même mon stand de cds et tee shirts, et si ma voix est OK, je vais vendre moi-même tout ça. Ca me permet de les remercier directement pour leur soutien. Parce que sur ces 30 années où j’ai été musicien professionnel, j’ai toujours été persuadé que la relation doit être directement entre les fans et l’artiste, pas entre les fans et le label, ou l’artiste et le label, ou l’agent et l’artiste. L’important, pour moi, c’est de voir l’artiste, sans le poursuivre, attention. Mais je veux aller voir l’artiste et voir les chansons que j’aime en live. Quand je vais voir mes idoles, je veux voir le meilleur show. Et c’est ce que j’essaye de faire puor mes fans. Par exemple, je ne bois jamais d’alcool avant de monter sur scène, ou très rarement. Il y a quelques exceptions, ici, en France. De temps en temps je bois un peu de champagne, parce que j’aime beaucoup le champagne. Mais c’est très cher, donc je n’en bois pas trop.

Donc avant un concert, j’essaye déjà d’arriver dans les temps, installer mon stand, trouver ma loge, m’y installer, me changer pour le concert, et ensuite vendre le merchandising, me reposer un peu. Et ensuite, je suis prêt pour la scène ; 
si je suis trop excité, je ne me souviens plus des mots. J’ai des problèmes de concentration. Je fais donc attention à ne pas être trop excité à ne plus savoir ce que je chante. Je veux juste être au calme, avant le concert. Sinon je cogite sur tout ce qui ne va pas bien.

Si je suis plus en confiance, je chante mieux. 
Et j’ai la chance d’être arrivé à un point de ma carrière où ma voix est à son maximum. Je suis au sommet, à ce niveau. Je n’ai plus la force de faire une longue tournée. Mais ma voix me permet désormais de mettre des couleurs dans mes interprétations. J’ai plus d’options, je peux choisir comment dire, comment chanter, comment sussurer les mots. Donc, je peux vraiment raconter des histoires avec ma voix. Je sais très bien que beaucoup de mes fans ne comprennent pas l’anglais. Moi-même j’aime beaucoup de groupes qui chantent en allemand, en espagnol, en italien ou en français, -c’est d’ailleurs une langue magnifique pour chanter-. Et pour moi il faut être inspiré, pas forcément techniquement très bon, mais inspiré pour faire passer le texte. Et de mon expérience, je peux dire que c’est à ce niveau la meilleure partie de ma carrière.

 

Je confirme, Blaze, et je me suis dit en préparant l’interview : pourquoi ce garçon n’a-t-il jamais essayé de jouer une comédie musicale. Je t’aurais bien vu dans le rôle du fantôme, dans le fantôme de l’opéra.

Oui, oui, pas mal de gens m’ont déjà dit ça, mais généralement c’est pour le rocky horror picture show. Je suis quelqu’un de très dramatique. Ma femme me le dit souvent. Pour moi tout est un drame. C’est comme ça. Et mes chansons sont aussi très dramatiques. Une des choses que j’adore faire, c’est reprendre des anciennes chansons, comme The Clansman, de Maiden. Maintenant, je suis le personnage. Quand j’ai enregistré la chanson, quand je la faisais sur scène avec Maiden, bien sur, j’essayais de faire de mon mieux. Mais maintenant, je sens que toutes les tragédies que j’ai vécues dans ma vie, dans ma carrière m’aident à mieux en comprendre le sens. C’est super de pouvoir en faire ma version, loin de celle de Maiden. Ce n’est pas une reprise, ce n’est pas une copie de Maiden. C’est ma propre version, ma propre vision, et c’est très agréable à faire.

Et mes nouvelles chansons, que j’ai écrites pour l’album Russian Holiday, elles transpirent de ces émotions. Parce qu’au moment où je les ai faites j’ai eu tant de changements dans ma vie. J’ai eu mon premier enfant, j’ai fait ma première tournée en Russie, je travaillais sur l’album King of Metal.

C’est super, live. Peu de gens ont ce disque, Russian Holiday, mais j’ai vraiment de la chance de faire cette tournée acoustique. On joue dans de tous petits endroits ; Ici, c’est un luxe, un endroit magnifique. Je pense déjà à y revenir avec mon groupe métal. Mais surtout, avec ce projet acoustique, j’ai envie d’aller loin. Tant que le son sera bon, et que mes fans sont là, je veux aller partout en France « all la belle France », faire plein de concerts.

 

Quel rapport entretiens-tu avec la France ?
Je pense qu’à l’époque de Maiden j’ai été accepté par les fans français. Ils savaient que je venais d’une famille pauvre de Birmingham, de nulle part. Je vivais dans une caravane, dans un mobile home. Je rêvais de devenir chanteur, et je suis devenu le chanteur de Iron Maiden, le plus grand groupe de metal du monde. Et les fans français ont aimé mon histoire, et ont été prêts à m’écouter. Ce qui n’a pas forcément été le cas dans d’autres pays comme les Etats Unis.

J’ai vraiment senti une connexion et j’adore venir ici. Je me sens connecté avec vous. Je suis toujours très sérieux quand je viens ici. Et si vous ne me jetez pas je reste chez vous (rire un peu tonitruant). Et j’ai toujours un soutien incroyable des fan-club de Iron Maiden, ici en France. Ils m’ont bcp aidé au début. Je ne trouvais pas la moindre date à faire sur Paris, et ils m’ont encouragé, aidé, permis d’être booké dans des salles. Ca a été le début pour moi, pour revenir. D’autant plus que j’ai toujours voulu jouer ici.

Parlons de ton prochain album, « the soundtrack of my life ». C’est un best of, mais un peu plus, aussi.

Oui, c’est mieux ou moins bien…parce qu’un best of, finalement ce sont tes plus grands succès commerciaux. Alors que moi je n’en ai pas eu (sourire dans la voix). Du moins hors de Maiden. 
Donc, ce que j’ai fait, j’ai choisi 30 chansons que j’ai composées écrites et interprétées dans ma carrière, et qui m’ont plus particulièrement marqué. Et ce, pour des raisons bien différentes. Et j’y ai ajouté deux chansons, plus quelques unes pour une édition limitée au Brésil. 
Ce sont les chansons que j’ai préféré jouer live depuis le début de ma carrière. Ere après ère de ma carrière, ce sont ces chansons emblématiques. Et il y a ces deux nouvelles chansons qui fonctionnent très très bien. J’y ai aussi mis quelques versions acoustiques. Les fans viennent me voir, achètent mon merchandising, font signer des autographes, et beaucoup d’entre eux qui savent que je suis l’ancien chanteur de Maiden, qui ont entendu parler de mon travail solo mais ne me connaissent pas regardent le show et me demandent quel CD acheter ensuite. Alors je leur réponds « là tu as la version metal, là c’est le rock, là c’est l’acoustique ». Maintenant je serai tranquille, je leur montrerai le best of et pourrai leur dire, « c’est celui-là , Soundtrack of my life ». Commence avec ça, et ensuite tu comprendras mieux le reste.

 

Comme ce best of s’intitule « Soundtrack of my life », la BO de ma vie j’ai imaginé un quizz sur ces musiques qui ont accompagné ta vie.

  • premier disque acheté ? Euuuh, Queen, « day at the races », je l’ai acheté en occasion à quelqu’un qui n’en voulait plus. Et ensuite, une collection des singles des Sweet. J’ai pris cet argent de petits boulots, et je me levais tôt pour que ma mère ne voie pas que je dépensais cet argent.
  • disque qui t’a donné envie de devenir chanteur (il chante)…. « children of the Sea », Ronnie James Dio. J’étais allé le voir à Birmingham, j’allais voir tout le monde. Je travaillais pour me payer ces concerts : Dio, Iron Maiden, Metallica, Anthrax. Ils venaient tous c’était super. Bon Jovi, aussi. J’adorais chanter avant, mais sans vraiment penser à devenir professionnel, avant Holy Diver de Dio. Là, ça a été « ouais ». Il avait une telle puissance vocale.
Depuis lors, j’ai acheté tout ce qu’il a pu faire, et ça a été le début pour moi.

 

Tu viens tout juste de te marier, alors, quelle est la chanson d’amour parfaite, pour toi ?
Euh….. je pense que c’est « I would walk 500 miles » des Proclaimers

(il chante)

c’est une très grande chanson d’amour. Les proclaimers, ils sont venus à Londres, et la maison de disque leur a dit, à l’époque, on aime ce que vous faites, mais pas votre accent. C’est comme dire à quelqu’un de ne pas chanter en français. Ces gars-là étaient écossais, et on leur demandait de renoncer à leur accent, qui représente leur identité (il insiste sur le mot). Et ces gars n’ont rien changé. Et c’est pour ça que j’ai une place particulière pour les Ecossais dans mon cœur (enlever la suite)

 

la chanson que tu as honte d’aimer
Oh, il y en a des centaines, tu sais. Parce que là d’où je viens, j’ai eu la chance d’avoir tant de gens talentueux à la radio. Tu pouvais passer si facilement du punk au rock, au metal ou au disco, ou au mélange de tout ça, tu vois. Je suppose que cette chanson ce serait « staying alive » des bee gees

(Il se lève brusquement et commence à chanter le refrain, chorégraphie en prime)

Et si j’ai besoin de motivation, c’est Airbourne, c’est ACDC, et c’est les Bee Gees. (gros rire). Et c’est dans mon ipod. Et je me balade comme ça dans mon jardin (il rechante).

 

Il y a une chanson particulière sur l’album King of Metal, Dimebag, un hommage à Dimebag Darrell (ex guitariste de Pantera, tué par un fan lors d’un concert de son groupe Damageplan en 2004)
Merci, c’est très gentil d’en parler. C’est une chanson dont j’ai eu l’idée il y a quelques années après cette chose terrible. Oui, ce meurtre. J’ai eu l’idée de la mélodie. Et j’ai travaillé dessus. C’était une idée forte que j’avais en tête depuis longtemps. On a travaillé avec Thomas sur King of Metal, et je voulais enfin aboutir. Et en même temps, je ne voulais pas que les gens pensent que je voulais faire un succès sur cette tragédie. 
Ce que je voulais c’était dire aux gens qui ne connaissaient pas Dimebag Darrell d’écouter les albums de Pantera, et de s’apercevoir à quel point il a été innovateur. Dans le metal, j’estime qu’il a une place aussi grande que Tony Iommi de Black Sabbath. Et pour ce qu’il a fait, pour ce qu’il a apporté, et pour l’homme qu’il était. Il était cool, parce qu’il n’était pas cool. Il avait ce tatouage de Kiss sur la poitrine, et alors ??? Il s’en foutait de ce qu’on pensait. Et il y a eu cette tragédie. C’est pour ça que j’ai eu l’idée de lui rendre cet hommage.

 

On ne peut pas ne pas évoquer Iron Maiden, tu es toujours en contact avec les autres membres du groupe ?
Oui, vaguement. C’est très difficile de se voir. S’ils sont en concert quelque part et que je ne suis pas loin, j’arrive toujours à me débrouiller pour venir les saluer. J’ai essayé d’aller voir Steve Harris sur son projet solo, mais j’étais aussi occupé. Je suis allé bosser mon album King of Metal dans son studio. Et j’ai travaillé avec Tony Newton, qui avait fait un paquet d’enregistrements live pour Maiden.

 

Et cette tournée entre anciens de Maiden avec Paul di Anno ?
Oh, c’était juste super ! On s’est tellement amusé. Paul est si drôle. C’est tellement bon avec la voix et l’expérience que j’ai aujourd’hui de chanter à nouveau ces chansons. Je vais vous montrer comment je chante ces chansons, maintenant !!! c’est super et les fans ont aimé. Il y a des gens qui ont essayé de nous comparer, l’un est meilleur que l’autre, mais nous avons eu des expériences si similaires avec ce business. C’est toujours un plaisir de faire ça. Ce n’est pas mon projet principal, mais c’était l’idée d’un promoteur russe. On l’a fait, et c’était super à faire. Il n’y avait pas de raisons de ne pas le faire. Les gens savent qui je suis, que je fais ma propre musique, mes propres affaires. Et aujourd’hui je m’amuse. J’ai tant de choses en projet, ma tournée acoustique, ces concerts avec Paul. Tout ce que j’ai à faire c’est me souvenir de mes textes, et de bien chanter, de prendre ma voiture pour tourner…

 

La conclusion de cet entretien, Blaze, c’est qu’aujourd’hui tu es heureux !
Oui, je suis heureux. J’ai eu mon lot de ténèbres dans le passé. Et j’ai poussé et poussé et beaucoup sacrifié pour ma carrière. Des relations, des opportunités. J’aurais pu arrêter la musique et vivre très confortablement. J’ai préféré faire autre chose, et ma femme l’a compris. Ecrire, chanter, avoir un groupe, tourner. J’ai pris de lourdes décisions. Mais aujourd’hui, je suis à un moment où tout ce que je voulais faire il y a des années, je le fais. Je tourne ici en France, je fais moi-même mes albums, je les produits, je rencontre plein de gens, je découvre des endroits où je n’étais jamais allé. 
Et j’aimerais remercier mes fans du privilège qu’ils me font de me laisser faire ce que j’aime.

 

Emmanuel Didierjean

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